À Perpignan, une propriétaire découvre un jour que ses locataires Airbnb ont changé les serrures de son appartement, ouvert un contrat d’électricité à leur nom et installé des photos de famille encadrées dans le salon. Quand elle contacte la police, la réponse la laisse sans voix : les occupants produisent un justificatif de domicile, les forces de l’ordre ne peuvent pas intervenir. Il faudra des mois de procédure judiciaire pour récupérer son bien.
Ce scénario, de plus en plus relayé dans la presse depuis 2024, soulève une question que se posent désormais des milliers d’hôtes en France : un squatteur Airbnb peut-il vraiment s’installer chez vous et rester des mois sans que vous puissiez faire quoi que ce soit ? La réalité juridique est plus complexe que ce que les médias laissent entendre et plus inquiétante que ce qu’Airbnb veut bien admettre.
On vous explique sans détour ce qu’est vraiment un squatteur Airbnb, pourquoi la loi française crée une faille que certains exploitent, ce qui a changé avec la réforme de janvier 2026 et surtout comment vous protéger concrètement.
En bref
- Un squatteur Airbnb n’est pas juridiquement un squatteur au sens de la loi : il est entré légalement, ce qui complique considérablement son expulsion.
- La loi anti-squat de 2023 ne s’applique pas aux locations saisonnières car l’entrée était autorisée par le propriétaire.
- Une réforme adoptée au Sénat en janvier 2026 commence à corriger cette faille, mais le texte doit encore passer à l’Assemblée nationale.
- AirCover ne couvre ni l’occupation illégale prolongée, ni les pertes de loyers, ni les frais judiciaires.
- Se faire justice soi-même expose à jusqu’à 3 ans de prison et 30 000 € d’amende.
- La prévention reste de loin la meilleure arme : filtrage des profils, serrures connectées et contrat écrit.
Qu’est-ce qu’un squatteur Airbnb exactement ?
Squatteur, occupant sans droit ni titre : la différence
Dans le langage courant, on appelle squatteur Airbnb toute personne qui reste dans un logement après la fin de sa réservation. Mais cette définition populaire masque une réalité juridique qui change tout pour le propriétaire.
En droit français, le terme « squat » désigne une situation précise : une personne qui s’introduit dans un logement par effraction, violence ou manœuvre frauduleuse. C’est une infraction pénale qui relève de l’article 226-4 du Code pénal. Dans ce cas, la procédure d’expulsion accélérée en 72 heures peut s’appliquer.
Ce qui se passe dans la grande majorité des cas Airbnb est différent. L’occupant est entré légalement, avec l’accord du propriétaire, dans le cadre d’une réservation valide. Il s’agit alors d’une occupation « sans droit ni titre » — une infraction civile, non pénale. Et c’est là que le cauchemar commence pour le propriétaire. La procédure d’expulsion rapide ne s’applique pas et il faut passer par la voie judiciaire civile, bien plus longue.
Toutefois, il existe un cas où la qualification peut devenir pénale : si l’entrée dans les lieux a été obtenue par tromperie caractérisée, par exemple avec de faux documents ou une fausse pièce d’identité. Dans ce cas précis, d’autres recours s’ouvrent.
Trois profils de squatteurs en location saisonnière très différents
Tous les squatteurs Airbnb ne se ressemblent pas. On distingue généralement trois profils aux motivations et aux modes opératoires bien distincts.
Les squatteurs opportunistes profitent d’une négligence dans le processus de réservation ou d’un propriétaire peu réactif au moment du check-out. Ce sont souvent des personnes en difficulté qui cherchent à prolonger leur séjour sans payer davantage, en multipliant les excuses.
Les squatteurs professionnels sont organisés et ciblés. Ils repèrent délibérément des logements vacants une partie de l’année, réservent quelques nuits et s’installent durablement, parfois pour sous-louer illégalement le bien ou revendre les objets présents. Ce profil est plus rare mais cause les dommages les plus importants.
Les squatteurs vulnérables sont souvent des familles avec des enfants en bas âge, sans solution de relogement. Après une réservation régulière, ils refusent de partir à l’échéance faute d’avoir un autre endroit où aller. La situation est douloureuse humainement, mais elle n’en reste pas moins une occupation illégale qui engage une procédure identique.
Le phénomène du squat en location saisonnière est-il vraiment en explosion ?
Ce que disent les médias vs ce que disent les faits
Depuis l’été 2024 et plus encore en 2025, les témoignages de propriétaires victimes de squatteurs Airbnb se multiplient dans la presse : Nice-Matin, Capital, Europe 1, Boursorama… La couverture médiatique donne l’impression d’un phénomène massif et incontrôlable.
La réalité est plus nuancée. Il n’existe à ce jour aucune donnée officielle démontrant une explosion statistique du nombre de squats liés aux locations Airbnb en France. Comme le souligne le site jedeclaremonmeuble.com, spécialisé en gestion locative, ce sentiment est avant tout alimenté par un effet de loupe médiatique. La plupart des séjours Airbnb se déroulent sans incident, et les plateformes disposent de mécanismes de contrôle et de médiation.
En réalité, les squatteurs ciblent rarement les locations saisonnières à rotation rapide. Les plateformes exigent un paiement complet avant l’arrivée et le logement est régulièrement occupé par d’autres voyageurs. Le risque existe surtout pour les séjours dépassant 30 jours, pour lesquels le locataire acquiert une protection juridique renforcée proche de celle d’un bail classique.
Pourquoi ça fait autant parler depuis 2024 ?
Si le phénomène n’est pas nouveau, sa visibilité a explosé lors des hautes saisons touristiques de 2024 et 2025, notamment sur la Côte d’Azur et en région parisienne. Les Jeux olympiques de Paris ont attiré l’attention sur le parc locatif saisonnier français et plusieurs affaires très médiatisées ont cristallisé les inquiétudes des propriétaires.
Ces propriétaires se montrent de plus en plus sur les réseaux sociaux, partageant des récits de procédures d’expulsion qui s’étalent de 6 à 24 mois et coûtent plusieurs milliers d’euros en frais juridiques. Cette prise de parole collective a fini par peser dans le débat législatif, conduisant à la réforme de janvier 2026 que nous détaillons plus loin.
Comment opère concrètement un locataire Airbnb qui refuse de partir ?
Le mode opératoire étape par étape
Le scénario type du squatteur Airbnb professionnel suit une logique implacable et bien rodée. Il commence par réserver légalement le logement, souvent pour une ou deux nuits seulement, avec un profil qui ne laisse rien paraître. Une fois installé, il agit vite.
La première action est le changement de serrure, qui empêche physiquement le propriétaire d’accéder à son bien. Il ouvre ensuite un contrat d’énergie à son nom — électricité, gaz — pour établir ce que le droit considère comme une domiciliation. Il commande des livraisons à l’adresse pour obtenir des factures à son nom. Certains vont jusqu’à modifier la décoration intérieure pour renforcer l’apparence d’une résidence personnelle.
Une fois ces éléments en place, les forces de l’ordre refusent d’intervenir en l’absence d’effraction. Le propriétaire qui tenterait de reprendre possession de force de son logement risquerait lui-même des poursuites pénales pour violation de domicile.
Les cas réels en France : Perpignan, Nice, Douai, Paris
Les témoignages documentés sont nombreux et géographiquement dispersés, ce qui témoigne d’un phénomène national plutôt que localisé.
À Perpignan, le cas le plus partagé sur les réseaux sociaux en 2023 : un squatteur change les serrures, ouvre un contrat d’électricité à son nom et installe des photos familiales encadrées. Quand la propriétaire contacte la police, les occupants produisent un justificatif de domicile. La police ne peut pas intervenir.
À Nice, Nice-Matin a relaté une série de cas où de faux touristes réservent quelques nuits sur Airbnb puis s’installent durablement, suivant exactement le même mode opératoire. Les propriétaires se retrouvent devant leur porte verrouillée, sans recours immédiat.
À Douai, un propriétaire ayant loué son appartement pour une seule nuit voit ses locataires multiplier les excuses pour prolonger — « affaires oubliées », « train en retard » — en refusant de payer davantage. Son intervention rapide et déterminée lui permet d’éviter le squat de justesse, avant que les occupants aient eu le temps d’établir une résidence effective.
En région parisienne, plusieurs propriétaires ont vu des locations de week-end se transformer en squats administratifs. Les locataires changent les serrures, enregistrent les contrats d’énergie et commencent à recevoir du courrier à l’adresse. La procédure d’expulsion peut alors dépasser neuf mois.
La faille juridique qui empêche d’expulser un squatteur Airbnb
Pourquoi la loi anti-squat de 2023 ne s’applique pas à la location courte durée ?
La loi Kasbarian-Bergé du 27 juillet 2023 a renforcé la lutte contre le squat en France en prévoyant une procédure d’expulsion accélérée sous 72 heures et des sanctions pénales alourdies — jusqu’à 3 ans de prison et 45 000 € d’amende pour les squatteurs. Sur le papier, une avancée majeure pour les propriétaires.
Mais cette loi contient un angle mort considérable pour les hôtes Airbnb. Pour activer la procédure d’expulsion rapide, deux conditions cumulatives étaient exigées : que l’occupant se soit introduit illégalement dans le logement ET qu’il s’y maintienne illégalement. Or, le squatteur Airbnb est entré avec l’accord du propriétaire, dans le cadre d’une réservation valide. La première condition n’est donc pas remplie. La procédure en 72 heures ne s’applique pas.
Le propriétaire se retrouve alors dans la même situation qu’avec un locataire classique qui refuse de partir : il doit engager une procédure civile devant le tribunal judiciaire, sans aucune voie d’urgence spécifique à sa situation.
Ce que ça coûte concrètement : délais, frais, trêve hivernale
Les chiffres sont éloquents. Les procédures d’expulsion pour occupation sans droit ni titre s’étalent en moyenne de 6 à 24 mois selon la complexité du dossier et la juridiction. Les frais juridiques — avocat, commissaire de justice, frais de procédure — peuvent atteindre plusieurs milliers d’euros, entièrement à la charge du propriétaire.
Pendant toute cette période, le logement est immobilisé. Aucune location possible, donc aucun revenu. Et si les squatteurs ont dégradé le bien, la remise en état représente un coût supplémentaire que ni Airbnb ni aucune assurance standard ne couvrira.
La trêve hivernale ajoute une contrainte supplémentaire dans les dossiers civils. Entre novembre et mars, les expulsions sont interdites en France pour préserver les occupants du sans-abrisme en hiver. Concrètement, un squatteur Airbnb qui s’installe en octobre et engage une procédure de résistance peut bloquer le logement jusqu’au printemps suivant sans risquer d’expulsion immédiate.
Ce que vous risquez si vous tentez de vous faire justice vous-même
C’est le point que beaucoup de propriétaires découvrent trop tard et qui aggrave considérablement leur situation. Couper l’électricité, couper l’eau, changer les serrures ou pénétrer de force dans le logement pour récupérer vos affaires sont des actes juridiquement interdits dès lors qu’un occupant est présent dans les lieux, quelle que soit la légitimité de sa présence.
Ces actions sont assimilées à une violation de domicile et exposent le propriétaire à une peine pouvant aller jusqu’à 3 ans de prison et 30 000 € d’amende. Le squatteur peut déposer plainte contre vous, et il obtiendra gain de cause. Dans ce scénario, c’est le propriétaire qui devient le fautif aux yeux de la loi.
La seule voie légale est la procédure judiciaire, longue et coûteuse mais la seule qui vous protège réellement.
Loi anti-squat 2026 : ce qui change pour les propriétaires Airbnb
L’article 8 qui modifie tout
Face à la multiplication des témoignages et à la pression des associations de propriétaires, la sénatrice Dominique Estrosi-Sassone a déposé une proposition de loi en novembre 2025. Le Sénat l’a adoptée le 20 janvier 2026 avec une large majorité.
Le cœur de cette réforme tient en quelques mots. L’article 8 remplace la conjonction « et » par « ou » dans la définition légale du squatteur. Désormais, il suffit que l’occupant se soit introduit illégalement OU qu’il se maintienne illégalement dans les lieux pour être considéré comme squatteur au sens de la loi.
Ce changement apparemment mineur a des conséquences juridiques considérables. Il permet d’inclure les squatteurs Airbnb — qui sont entrés légalement mais se maintiennent illégalement après la fin de leur réservation — dans le champ d’application de la procédure d’expulsion rapide en 72 heures. C’est précisément le vide juridique que la loi de 2023 n’avait pas comblé.
Ce qui reste encore incertain
Cette réforme est une avancée réelle pour les propriétaires de locations saisonnières. Toutefois, il est important d’être honnête sur ses limites actuelles.
Au moment où nous écrivons ces lignes, le texte adopté par le Sénat doit encore être examiné et voté par l’Assemblée nationale avant d’entrer en vigueur. Le ministre du Logement Vincent Jeanbrun s’est montré favorable à cette initiative, mais le parcours législatif n’est pas achevé. Il serait prématuré de considérer cette protection comme acquise et définitive à ce stade.
En attendant, la vigilance préventive reste indispensable.
AirCover ne couvre pas l’occupation illégale de votre logement
Ce que la garantie Airbnb couvre vraiment
Airbnb met en avant sa garantie AirCover comme une protection allant jusqu’à 3 millions d’euros pour les hôtes. C’est un argument de vente puissant qui rassure de nombreux propriétaires. La réalité des conditions de couverture est bien différente.
AirCover couvre principalement les dommages matériels causés par les voyageurs : mobilier abîmé, équipements endommagés, nettoyage exceptionnel. C’est utile pour les incidents ordinaires du quotidien d’une location saisonnière.
Ce qu’elle ne dit pas dans ses conditions générales
Voici ce qu’Airbnb ne met pas en avant dans ses communications commerciales. L’occupation illégale prolongée n’est pas couverte par AirCover. Les pertes de loyers consécutives à un squat ne sont pas remboursées. Les frais judiciaires liés à une procédure d’expulsion ne sont pas pris en charge. En d’autres termes, un propriétaire dont le logement est squatté après une réservation Airbnb doit assumer seul l’intégralité des démarches et des coûts.
Ce point est d’autant plus important que dans la même veine, comme nous l’avons expliqué dans notre article sur les arnaques sur les plateformes de location vacances, les plateformes se définissent juridiquement comme de simples intermédiaires de mise en relation et déclinent toute responsabilité en cas de litige entre utilisateurs.
Airbnb peut bloquer le compte du voyageur fautif et fournir des preuves de réservation pour appuyer votre plainte. C’est utile, mais ce n’est pas une protection financière contre un squat.
Assurance habitation et squat Airbnb
Votre assurance habitation classique ne suffit pas
C’est un point que beaucoup de propriétaires découvrent au pire moment. Votre assurance habitation standard n’est pas conçue pour couvrir une activité de location saisonnière. Certains assureurs peuvent même résilier votre contrat s’ils apprennent que vous louez votre logement sur Airbnb sans les avoir prévenus. Avant de publier votre première annonce, il est indispensable de contacter votre assureur pour vérifier ce que votre contrat couvre réellement dans ce cadre.
Comme le rappelle Airbnb lui-même sur son site, AirCover ne remplace pas une assurance habitation. Ce sont deux choses distinctes qui couvrent des risques différents. S’en remettre uniquement à la garantie de la plateforme, c’est prendre le risque de n’être indemnisé sur rien en cas de problème grave.
Quelle assurance choisir selon votre situation ?
La bonne couverture dépend de votre profil de propriétaire. Trois situations principales se distinguent.
Si vous louez ponctuellement votre résidence principale, une extension de garantie auprès de votre assureur actuel peut suffire. Certains contrats comme ceux de MMA ou d’Abeille Assurances intègrent déjà une garantie villégiature qui couvre les dommages causés par les locataires temporaires, le vol et le vandalisme, voire la perte de loyers en cas de sinistre rendant le logement inhabitable.
Si vous louez une résidence secondaire, vous avez besoin d’une assurance multirisque habitation spécifique aux résidences secondaires. Ces contrats couvrent les risques liés à l’inoccupation partielle du bien — vol, dégâts des eaux, incendie — ainsi que la responsabilité civile pendant les périodes de location.
Si vous louez votre bien toute l’année en location meublée touristique, l’assurance propriétaire non occupant (PNO) est la solution la plus adaptée. Elle combine la protection d’une multirisque habitation avec des garanties spécifiques à l’activité locative, notamment la protection juridique en cas de litige avec un locataire.
La protection juridique : la garantie à ne surtout pas négliger
C’est la garantie la moins connue et pourtant la plus utile en cas de squatteur Airbnb. De nombreux contrats d’assurance habitation incluent une clause de protection juridique qui vous permet d’obtenir des conseils juridiques gratuits et une prise en charge partielle ou totale des frais de procédure en cas de litige avec un occupant.
Concrètement, si un locataire refuse de partir et que vous devez engager une procédure judiciaire, votre assurance protection juridique peut couvrir les honoraires d’avocat, les frais de commissaire de justice et une partie des frais de procédure. C’est souvent plusieurs milliers d’euros que vous n’aurez pas à débourser de votre poche.
Vérifiez dès maintenant votre contrat. Si cette garantie n’y figure pas, demandez à votre assureur de l’ajouter ou souscrivez un contrat qui l’intègre. En cas de squat, c’est elle qui fera la différence entre une procédure gérable et une catastrophe financière.
Comment éviter qu’un squatteur Airbnb s’installe chez vous ?
Filtrer les voyageurs suspects avant la réservation
La prévention commence bien avant l’arrivée du voyageur. Plusieurs signaux d’alerte permettent de repérer un profil à risque dès la phase de réservation.
Un profil créé récemment, sans historique de séjours, sans avis d’autres hôtes ou sans photo claire est un premier signal. Un profil qui n’a pas été vérifié par Airbnb en est un autre. Méfiez-vous également des demandes de réservation pour des séjours inhabituellement longs, surtout si la saison ne le justifie pas, et des profils qui évitent de répondre précisément aux questions sur le motif du séjour ou le nombre d’occupants.
Dans les paramètres Airbnb, vous pouvez activer la réservation instantanée uniquement pour les profils vérifiés avec des avis positifs. C’est une barrière simple mais efficace. N’hésitez pas à refuser une réservation si quelque chose vous semble incohérent : vous n’avez pas à justifier un refus.
Sécuriser le logement et le contrat de location saisonnière
La serrure connectée est aujourd’hui l’outil de prévention le plus efficace contre le squat en location saisonnière. Des marques comme Nuki ou Igloohome permettent de programmer des codes d’accès valables uniquement pour la durée du séjour. Une fois la réservation expirée, le code devient automatiquement inutilisable. Le propriétaire reçoit une alerte à chaque ouverture et fermeture de la porte. La clé physique, qui peut être copiée, devient inutile.
Sur le plan contractuel, rédigez un contrat de location saisonnière écrit, même si Airbnb gère la réservation. Ce document doit préciser la durée exacte du séjour, interdire explicitement le changement de serrure, imposer la restitution des clés à l’échéance et prévoir des pénalités en cas de retard de départ. En cas de litige, ce contrat sera votre première pièce justificative.
Limitez la durée maximale de vos séjours à moins de 30 jours. Au-delà de ce seuil, le locataire acquiert une protection juridique renforcée proche d’un bail classique, ce qui complique considérablement toute procédure d’expulsion.
Enfin, organisez un check-out en personne ou via une conciergerie. Un départ non contrôlé est la première faille que les squatteurs exploitent.
Que faire si votre locataire Airbnb refuse de partir ?
Les premières heures : agir vite sans se mettre en faute
Dès le premier jour de dépassement de la durée prévue au contrat, et si l’occupant manifeste clairement l’intention de rester, la règle numéro un est de ne pas se faire justice soi-même. Ne coupez pas l’électricité, ne changez pas les serrures, ne pénétrez pas de force dans le logement. Ces actions vous exposeraient à des poursuites pénales et affaiblirait considérablement votre position.
Conservez absolument toutes les preuves : la réservation Airbnb, les échanges de messages avec le voyageur, les captures d’écran, les états des lieux. Plus votre dossier est documenté, plus votre procédure sera solide.
Contactez immédiatement Airbnb pour signaler la situation et ouvrir un dossier officiel. La plateforme ne pourra pas expulser l’occupant à votre place, mais elle peut bloquer son compte, fournir des preuves de réservation et, dans certains cas, apporter une assistance dans la gestion du litige.
Signalement, mise en demeure et recours légaux
Une fois les premières heures passées, la procédure se structure en plusieurs étapes concrètes.
Adressez une mise en demeure écrite à l’occupant, de préférence par lettre recommandée avec accusé de réception, en lui rappelant les termes du contrat et en lui fixant un délai de départ. Ce document formalisera le litige et sera indispensable pour la suite.
Faites appel à un commissaire de justice pour constater officiellement les faits et rassembler toutes les preuves disponibles. Ce constat donne une valeur juridique aux éléments que vous aurez collectés.
Déposez plainte auprès de la police ou de la gendarmerie. Même si les forces de l’ordre ne peuvent pas intervenir immédiatement, la plainte officielle est indispensable pour enclencher la procédure judiciaire et protéger vos droits.
Engagez enfin une procédure en référé devant le tribunal judiciaire pour obtenir l’expulsion de l’occupant. C’est l’étape la plus longue et la plus coûteuse, mais elle reste la seule voie légale pour récupérer votre bien.
FAQ squatteur Airbnb
Un squatteur Airbnb peut-il vraiment rester des mois dans mon logement ?
Oui, dans les cas les plus complexes, c’est une réalité documentée. Dès lors que l’occupant a établi une domiciliation — contrat d’énergie à son nom, courrier reçu à l’adresse — et qu’il n’y a pas eu d’effraction, la procédure civile d’expulsion peut s’étaler de 6 à 24 mois. La trêve hivernale, qui suspend les expulsions de novembre à mars, peut allonger encore ce délai si les événements se produisent en automne.
Quelle est la différence entre un squatteur et un locataire Airbnb qui refuse de partir ?
En droit français, un squatteur est entré dans le logement par effraction ou manœuvre frauduleuse. Un locataire Airbnb qui refuse de partir est entré légalement, avec l’accord du propriétaire. Cette distinction est fondamentale car elle détermine la procédure applicable : procédure pénale rapide pour le premier, procédure civile longue pour le second. Dans le langage courant, on appelle « squatteur Airbnb » les deux situations, mais juridiquement elles n’ouvrent pas les mêmes droits.
Puis-je couper l’électricité pour faire partir un squatteur Airbnb ?
Non, absolument pas. Couper l’électricité, l’eau ou le chauffage, ou changer les serrures en présence d’un occupant est une violation de domicile, passible de 3 ans de prison et 30 000 € d’amende. Même si l’occupation est illégale, le droit protège les conditions de vie de l’occupant. La seule voie légale est la procédure judiciaire. Couper le wifi, en revanche, est autorisé puisque c’est votre abonnement personnel.
AirCover me protège-t-il si mon locataire refuse de quitter les lieux ?
Non. AirCover couvre les dommages matériels causés par les voyageurs, mais pas l’occupation illégale prolongée, ni les pertes de loyers, ni les frais judiciaires liés à une expulsion. Si votre logement est squatté après une réservation Airbnb, vous devrez assumer seul l’intégralité des coûts. Vérifiez votre assurance habitation ou souscrivez une assurance spécifique location courte durée qui peut inclure une protection juridique.
La loi anti-squat de 2026 s’applique-t-elle déjà aux locations Airbnb ?
Pas encore de façon définitive. La réforme Estrosi-Sassone, adoptée au Sénat le 20 janvier 2026, prévoit d’inclure les squatteurs Airbnb dans le champ de la procédure d’expulsion rapide en 72 heures en remplaçant le « et » par « ou » dans la définition légale du squatteur. Mais le texte doit encore être examiné et voté par l’Assemblée nationale avant d’entrer en vigueur. En attendant, la vigilance préventive reste la protection la plus fiable.




