Les Terres australes et antarctiques
françaises - les TAAF - rassemblent les territoires
français dispersés dans l’hémisphère
austral, situés entre le 37e de latitude Sud et le pôle Sud
et répartis en deux catégories, distantes l’une de
l’autre de près de 5.000 kilomètres. Nous publions
aujourd’hui la dernière partie d’un “coup d’œil”
sur les TAAF à la lumière de la loi constitutionnelle du
28 mars 2003, écrit par André Oraison, professeur de droit
public à l’Université de La Réunion.
c - Les compétences financières et fiscales
de l’Administrateur supérieur
L’Administrateur supérieur est compétent
pour préparer le projet de budget annuel du Territoire avec l’avis
du Conseil consultatif et il l’exécute après approbation.
Il exerce également les fonctions d’ordonnateur du budget du
Territoire. À propos du budget des TAAF et notamment de ses recettes,
quelques précisions s’imposent. Les TAAF disposent en effet
de ressources propres en plus d’une dotation annuelle en provenance
du budget de l’État dans la proportion de 33 %.
Des compétences importantes ont d’emblée
été reconnues à l’Administrateur supérieur
dès lors que ce dernier dispose du pouvoir réglementaire en
matière douanière et fiscale. Parmi les ressources fiscales
créées par l’Administrateur supérieur au profit
des TAAF, il convient de mentionner la "taxe d’immatriculation
des navires" ainsi que la "contribution directe territoriale"
sur les revenus perçus sur le Territoire. Mais ces deux impositions
sont peu productives et correspondent à 6% à peine des ressources
annuelles du budget des TAAF. Toutefois, ce budget dispose d’autres
recettes. Outre les prestations de service et les produits divers (quelque
35% des ressources annuelles des TAAF), il faut mettre l’accent sur
les "droits de pêche" accordés aux armateurs dans
la ZEE française entourant les terres
australes (soit 15% des ressources). Il faut également indiquer les
recettes qui résultent de l’émission et de la vente
de timbres-poste en raison de l’engouement exceptionnel qu’éprouvent
les collectionneurs du monde entier pour la philatélie polaire française
(environ 11% des ressources) (1).
B) Les organismes auxiliaires des TAAF
Pour éviter une gestion trop concentrée
des TAAF, l’Administrateur supérieur est secondé par
des chefs de circonscriptions administratives (b). Par ailleurs, faute de
populations sédentaires, les TAAF sont dépourvues d’une
assemblée délibérante locale que l’on retrouve
dans les autres collectivités territoriales et qui sont seuls capables
d’animer une vie démocratique. Pour conduire à bien
ses missions, l’Administrateur supérieur est néanmoins
éclairé par des organes consultatifs (a).
a - Les organes territoriaux ou nationaux consultatifs
Ces organes sont composés d’un nombre restreint
de personnes choisies dans les administrations centrales. Ils ne se réunissent
qu’exceptionnellement à La Réunion
bien que la ville de Saint-Pierre ait été érigée
en 1997 au rang de siège définitif des TAAF. Pour des raisons
financières, ils sont convoqués le plus souvent à Paris
dans la mesure où leurs membres résident pour la plupart sur
le territoire métropolitain de la République. Dotées
de compétences limitées, ces institutions se réunissent
en principe à l’initiative de l’Administrateur supérieur.
En voici les deux principales.
Un Conseil consultatif de 7 membres désignés
pour une période de 5 ans a été mis en place pour assister
l’Administrateur supérieur dans la gestion administrative des
TAAF. La composition de cet organe est indiquée par la loi du 6 août
1955 qui, sur ce point, est resté inchangé. Il convient de
préciser que l’Administrateur supérieur peut toujours
assister aux séances du Conseil consultatif et participer à
ses travaux. Cet organe se prononce dans un certain nombre de domaines essentiels
se rapportant à la gestion du Territoire. Il est ainsi obligatoirement
consulté sur le projet de budget annuel des TAAF avant que celui-ci
ne soit arrêté, puis exécuté par l’Administrateur
supérieur.
Un Comité de l’environnement polaire avait
été créé par un arrêté territorial,
édicté par l’Administrateur supérieur le 5 novembre
1982. Mais par la suite, cet organe a cessé d’être territorial
pour devenir un organe national placé auprès du ministère
de l’Environnement, en vertu d’un décret du 29 mars 1993.
Ce Comité a pour mission de vérifier la compatibilité
des activités humaines relevant des autorités françaises
dans les zones polaires et subantarctiques avec la préservation de
l’environnement. Il est par ailleurs composé d’un président
et de dix personnalités choisies en raison de leurs compétences
dans le domaine scientifique et dans celui de l’environnement. Il
peut être saisi par les ministères de l’Environnement
et de la France d’outre-mer. Mais il peut l’être également
par l’Administrateur supérieur des TAAF pour formuler des remarques
ou suggestions sur toutes les questions relatives à la protection
de la nature dans les diverses composantes des TAAF.
b - Les chefs de districts
L’Administrateur supérieur des TAAF est chargé
de veiller sur les intérêts généraux du Territoire.
À cette fin, il est "le chef de l’administration"
d’un espace qui présente d’abord la particularité
de ne pas être divisé en communes, faute d’une présence
humaine installée à demeure. Assurément, la gestion
des TAAF n’est pas démocratique. Mais elle n’est pas
pour autant totalement concentrée dès lors que l’Administrateur
supérieur a reçu compétence pour diviser le Territoire
en "circonscriptions administratives". De fait, la détermination
de ces circonscriptions - encore appelés districts - est intervenue
dès 1956 et n’a jamais depuis été modifiée.
Pour des raisons de commodités, le Territoire des TAAF a été
divisé en quatre districts obéissant à des critères
purement géographiques.
Il faut d’abord citer les districts austraux de Crozet,
de Kerguelen et de Saint-Paul-Amsterdam. Localisés dans le sud de
l’océan Indien, ces districts ne sont accessibles que par la
voie maritime au départ de La Réunion.
Il faut également indiquer le district antarctique de la Terre Adélie
dans le Pacifique Sud, accessible par la voie maritime au départ
du port d’Hobart en Tasmanie (Australie). Ces circonscriptions abritent
des stations scientifiques permanentes dans lesquelles les chefs de district
résident pour la durée de leur séjour annuel. Ces bases
sont celles d’Alfred-Faure dans l’île de la Possession
pour l’archipel des Crozet depuis 1961, de Martin-de-Viviès
à Amsterdam pour le tandem Saint-Paul-Amsterdam depuis 1949 et de
Port-aux-Français pour le groupe des Kerguelen depuis 1950. Il faut
enfin indiquer la base de Dumont d’Urville pour la Terre Adélie,
créée en 1952.
Les chefs de districts sont nommés pour une période
d’un an par l’Administrateur supérieur parmi les fonctionnaires
de l’État mis à sa disposition. L’Administrateur
supérieur détermine également les attributions respectives
des chefs de districts. De fait, le chef de district est bien dans sa circonscription
le délégué permanent du Chef du Territoire. Il y dirige
à la fois l’administration locale et les services extérieurs
de l’État en vertu d’un nouveau mécanisme de dédoublement
fonctionnel. En tant qu’officier de police judiciaire, il est responsable
du maintien de l’ordre et de la sécurité des personnes
et des biens sur un territoire où résident quelques dizaines
de personnes : à ce titre, il informe sans délai le procureur
de la République des infractions dont il a connaissance. Le chef
de district a enfin vocation à remplir les fonctions d’officier
de l’état civil. C’est dire qu’il se comporte ici
comme le maire de n’importe quelle commune de France : il a compétence
pour enregistrer les décès et célébrer les mariages
qui sont - faut-il le souligner ? - toujours des évènements
exceptionnels.
Réflexions terminales
Si les TAAF constituent désormais une collectivité
territoriale sui generis de la République, il faut bien constater
que leur "organisation particulière" - prévu par
l’article 72-3 de la Constitution - a peu évolué depuis
le vote de la loi statutaire du 6 août 1955 qui demeure en vigueur.
Comme par le passé, la souveraineté de la France sur les TAAF
reste dans l’ensemble limitée en raison de son adhésion
à ce qu’il convient d’appeler - depuis l’entrée
en vigueur du Traité de Washington du 1er décembre 1959 -
le "système juridique antarctique". Au demeurant,
cette collectivité territoriale atypique n’a pas fini de faire
parler d’elle. En vérité, depuis la révision
constitutionnelle du 28 mars 2003, tout se passe comme si les TAAF sortaient
d’une longue période de glaciation ou de léthargie !
Son responsable voit en effet son champ d’intervention
s’élargir de manière inattendue. Un arrêté
du 3 janvier 2005 décide que l’administration des îles
Tromelin, Glorieuses,
Juan de Nova, Europa
et Bassas da India est
désormais confiée à l’Administrateur supérieur
des TAAF (2). Dispersées autour de Madagascar
dans l’océan Indien occidental, les îles
Éparses relevaient jusqu’à cette date de la compétence
du Préfet de La Réunion, agissant "en tant que délégué
du Gouvernement de la République", en vertu d’un
arrêté du 19 septembre 1960 (3). Les nouvelles compétences
de l’Administrateur supérieur des TAAF sur les îles Éparses
seront bientôt précisées par le Pouvoir central : c’est
dire que nous devons rester à l’écoute des Terres australes
et antarctiques françaises.
André Oraison
(1) Chaque année, à la même
époque, le Territoire des TAAF émet une série de nouveaux
timbres-poste au tirage restreint. Voir "Philatélie : un
bel anniversaire aux TAAF en perspective", “Le Monde”,
samedi 25 décembre 2004, p. 25. (2) Voir l’arrêté n° du 3 janvier
2005, "relatif à l’administration des îles Tromelin,
Glorieuses, Juan de Nova, Europa et Bassas da India (Iles Éparses)",
in J.O.R.F., 18 janvier 2005, p. 798. (3) Voir Oraison (A.), "Réflexions générales
sur la protection de l’environnement terrestre et marin des petites
îles françaises de la zone sud-ouest de l’océan
Indien et du canal de Mozambique à la lumière de la législation
française, du droit communautaire et du droit international public
(Le cas des îles Éparses
: Tromelin, Glorieuses, Juan de Nova, Europa et Bassas da India)", R.D.I.S.D.P.,
2001/2, pp. 117-166.