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Contenu du chapitre : |
Iles de l'Océan Indien
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Le scandale des Chagos
Déportation de population
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Le scandale de l’éviction par le
Royaume-Uni et les États-Unis des habitants de l’archipel
des Chagos |
Nous reproduisons ci-après
le texte de l’intervention du MIR-France (Mouvement International
pour les Réparations) le 18 décembre 2005 au Forum Social
d’Ivry dans le cadre de la commémoration de l’abolition
en décembre 1848 de l’esclavage à La Réunion.
Les intertitres sont de “Témoignages”
Les Chagos
L’archipel
des îles Chagos est situé dans l’océan Indien au
Nord-Est de Madagascar, et constitué de 65 îles, dont la plus
grande est Diego Garcia (44 kilomètres carrés).
Elles ont été découvertes par les Portugais lorsqu’ils
cherchaient une nouvelle voie pour atteindre l’Asie en contournant l’Afrique
suite à la prise de Constantinople par les Turcs en 1453. Et c’est
quarante ans plus tard, en cette année fatale 1492, où Christophe
Colomb débarque sur le continent américain que Vasco de Gama
franchit ce passage au Sud de l’Afrique et arrive lui en Inde. Sur sa
lancée d’autres navigateurs portugais suivent dont en 1532 Diego
Garcia qui va donc donner son nom à la plus grande île de l’archipel
des Chagos.
Les colons vont instaurer là comme ailleurs le système des plantations
esclavagistes et organiser la capture et la déportation des captifs
africains dans ces îles.
Un “deal” colonial
Au début
des années 60, les luttes de libération s’amplifient,
la décolonisation est partout engagée, et l’Afrique australe
constitue alors un bastion de la colonisation blanche de peuplement articulé
autour de l’Afrique du Sud de l’apartheid.
L’Angleterre et les États-Unis décident qu’il leur
faut verrouiller la région en y installant une base militaire. Ils
passent un accord selon lequel, l’Angleterre va fournir un territoire
en échange de quoi les Américains des USA la fourniront à
prix réduit en certains matériels militaires (fusées
Polaris).
Le choix se porte sur les Chagos qui est à la fois proche de l’Afrique
mais aussi du Proche-Orient et de l’Asie, et les Anglais visent en particulier
Diego Garcia, qui avec ses 40 km2 est l’île la plus vaste et qui
de surcroît a un lagon interne suffisamment profond et vaste pour accueillir
des sous-marins et des porte-avions.
En 1960, les Chagos dépendent de Maurice qui est une colonie britannique
; mais en 1965, Maurice devient indépendante.
Là se produit un “deal”, et au final les Chagos sont détachées
de Maurice et passent sous l’autorité de l’Angleterre avec
le statut de Territoire britannique de l’océan Indien.
Et un an plus tard, les Anglais louent Diego Garcia aux États-Unis
avec un bail de cinquante ans, renouvelable pour vingt ans.
La population, elle, n’est au courant de rien ; en fait ce sont quelques
milliers de gens qui n’ont dans l’ensemble pas été
à l’école, et qui vivent de la pêche et complètent
leur quotidien en travaillant à l’épluchage des cocos
contre rétribution en nature en riz, haricots secs etc.
Des habitants clochardisés
La question
pour les Anglais c’est de faire "déguerpir", comme
on disait au temps colonial, les habitants.
Les autorités anglaises donnent consigne par écrit en 1965 à
leur représentation aux Nations Unies de faire comme s’il n’y
avait pas d’habitants permanents sur ces îles, tout au plus quelques
saisonniers des îles voisines à la saison des cocos etc.
Les habitants vont être dégagés manu militari et se retrouver
clochardisés à Maurice et aux Seychelles notamment, où
ils vont débarquer sans rien. Ils n’avaient pas grand-chose à
emporter de toute façon, mais là ils vont arriver s’entasser
dans des bidonvilles sans le sou et avec interdiction de rentrer chez eux.
Les Américains vont eux construire leur base militaire, et l’an
passé Tony Blair a rappelé devant la Chambre des communes que
Diego Garcia était essentielle dans leur "système de sécurité".
C’est d’ailleurs tellement essentiel que c’est de là
qu’en 2001 les B-52 s’envolaient pour aller pilonner les Afghans.
Entre temps les expulsés ont vieilli et grandi pour les enfants, d’autres
sont nés à l’étranger, et à partir des années
80 certains ont entamé des actions en justice. Pour désamorcer
leur lutte, le gouvernement anglais a commencé à leur distribuer
des passeports britanniques du “British Indian Ocean Territory”.
Une procédure jugée illégale
Parmi
les procédures il y a eu en particulier celle de Monsieur Bancoult,
qui est le dirigeant du GRC, Groupe Réfugiés Chagos, et qui
en temps que citoyen britannique, a obtenu l’assistance judiciaire pour
demander à la Haute Cour de Londres si un fonctionnaire britannique
avait le droit de promulguer une loi (celle de 1971 bannissant les Chagossiens
des Chagos) excluant des citoyens britanniques (les Chagossiens dans ce cas)
d’un territoire britannique qui est en plus le leur.
Et cette question constitutionnelle a été jugée recevable
par la Haute Cour de Londres en février 1999. Son avocat, Sidney Kentridge,
était l’un de ceux de Nelson Mandela à l’époque
où celui-ci est sorti de prison.
Le 3 novembre 2000, la Haute Cour de justice de Londres a jugé l’expulsion
des Chagossiens illégale et les a autorisés à rentrer
chez eux. Mais, en pratique, le droit au retour n’a pas pris effet et
le 10 juin 2004, deux décrets royaux d’Elizabeth II, (reliques
coloniales), ont balayé ce jugement, interdisant à nouveau aux
Chagossiens l’accès à leur archipel.
Parallèlement, deux procédures judiciaires visent à obtenir
des réparations financières des États-Unis et de la Grande-Bretagne.
Londres estime avoir réglé sa part en débloquant 650.000
livres en 1978, puis 4 millions de livres en 1982. Mais les Chagossiens ne
sont pas de cet avis et réclament d’autres compensations.
Il y a en fait à Diego Garcia environ trois mille civils qui travaillent
autour de la base - mais les autorités américaines ne veulent
pas des autochtones ; même l’entretien des tombes etc. a été
interdit pour effacer toute trace d’un peuplement antérieur.
Les Chagossiens continuent à lutter
La lutte
que mènent actuellement les Chagossiens vise principalement les objectifs
suivant :
-
obtenir la reconnaissance du caractère autochtone du peuple Chagossien,
-
obtenir la reconnaissance de leur droit au retour et à vivre aux
Chagos,
-
être
dédommagés financièrement par la Grande Bretagne
et les États-Unis pour qu’ils puissent organiser la réinstallation
de leurs familles, et que leur communication avec leurs parents dispersés
entre Maurice, les Seychelles et ailleurs soit facilité.
-
permettre aux Chagossiens qui ont été dispersés à
travers la planète de se retrouver.
Ils ne
remettent pas (pour l’instant du moins... quand on pourra mener des
études sur l’impact écologique des activités militaires
occidentales dans la région il se pourrait que ça change) en
cause l’existence de la base militaire, ils demandent simplement à
pouvoir rentrer chez eux.
En fait, il y a une revendication de faire de l’océan Indien
une zone de paix démilitarisée et le 8 décembre 2003,
l’ONU a voté - par 130 voix contre 42 - une résolution
prônant la démilitarisation de la zone. Trois "grandes puissances"
continuent à faire blocage...
Quant aux gouvernements de Maurice et des Seychelles, ils ne sont pas trop
enthousiastes.
À l’Ile Maurice cohabitent sur un petit territoire, une mosaïque
de races et de religions, qui parfois s’affrontent violemment - on se
souvient en particulier des heurts de février 1999. Pour ces raisons
de stabilité politique ils redoutent cette notion d’autochtone,
d’antériorité, qui risque d’amener celle de la spoliation
et des discriminations.
Au plan judiciaire, ce 16 décembre 2005, la cour d’appel après
7 jours d’auditions a ajourné sa séance jusqu’au
19 janvier prochain. Nous renvoyons aux sites Internet pour suivre et voir
comment se mobiliser pour soutenir les Chagossiens.
Enfin, en tant que Mouvement international pour les réparations (MIR),
nous tenons à souligner que nous ne sommes pas en train de remuer des
choses du passé mais des choses du présent qui déterminent
celles du futur.
La preuve s’il en est besoin, le “Daily Telegraph” du 8
décembre 2005 a publié un article qui indique qu’un scénario
similaire est en train d’être préparé dans l’île
d’Ascension.
Source
: Témoignages
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