La production d'électricité dans les îles de l'Océan
Indien
A Maurice, soleil et canne à sucre plutôt
que pétrole
La première guerre du Golfe avait, dès
1992, poussé I'lle Maurice à se tourner vers les énergies
renouvelables. Une orientation qu'elle ne regrette pas aujourd’hui alors
que le prix du pétrole s'envole.
La
bagasse, un résidu du procédé de traitement de la
canne à sucre qui, combiné au charbon, permet de produire
de l'électricité.
Navin Ramroop a fait installer, il y a peu, un chauffe-eau
solaire chez lui parce que, dit-il, "la crise du pétrole n'en finira
jamais" . J'obtiens de l'eau chaude 24 heures sur 24. J'aimerais bien éclairer
ma maison un jour grâce au soleil. Le pétrole ne me tracasse plus,
j'ai le soleil sur ma tête", résume joliment ce Mauricien.
Pour investir dans un dispositif solaire, qui coûte entre 800 et 1.000
euros, il a obtenu un prêt de la Banque de développement ment (BDM)
à des conditions attrayantes (remboursement sur cinq ans, 6% d'intérêts
annuels), destiné à encourager les Mauriciens à s'équiper
en chauffe-eau solaires. Ce plan a déjà séduit quelque
9.000 familles. Mais beaucoup d'autres ont financé l'acquisition de cet
équipement sur leur propre budget ou un empruntant auprès d'autres
institutions bancaires.
En sillonnant l'île, on remarque sur les toits des maisons
de plus en plus de ces capteurs qui permettent de chauffer entre 185 et 300
litres d'eau par jour, une quantité largement suffisante pour une famille
de quatre à huit personnes, En maints endroits, surtout les jardins et
parcs récréatifs, on peut voir aussi des petits panneaux solaires
accrochés à des pylônes qui, la nuit venue, éclaireront
les lampadaires. Ce sont les collectivités locales qui les ont installés.
"Ces panneaux solaires nous aident à réduire notre facture
d'électricité ", affirme Tirat Moossun, lord-maire de Port-Louis,
qui souhaite poursuivre cette démarche d'économie énergétique.
Maurice parie aussi sur la bagasse, un résidu de la
production sucrière. Sa valorisation fait partie d'un vaste plan du gouvernement
qui remonte à 1992, à la suite de la première guerre du
Golfe. Pour ne pas se ruiner en pétrole, Ille avait alors eu la bonne
idée d'exploiter au maximum ses ressources énergétiques
renouvelables et notamment la bagasse, dont elle ne savait que faire. Son utilisation,
affirme le vice-Premier ministre Pravind Jugnauth, demeure l'option prioritaire
dans la mise en pratique de la politique énergétique à
moyen et long terme du pays. Grâce au soutien de l'Etat et aux investissements
privés locaux et étrangers, l'industrie sucrière mauricienne
couvre actuellement environ 40 % des besoins de l'île en électricité
grâce à la bagasse et au charbon importé du Mozambique,
De petites unités thermiques produisent durant
la période de récolte de la canne, soit seulement
pendant six mois de l'année, tandis que la Centrale thermique de Belle-Vue
(CTBV), la plus grande de l'île, fonctionne depuis 2000 : elle produit
325 millions de KWh par an pour le réseau national.
Une nouvelle centrale à bagasse devrait être opérationnelle
dans le sud de l'île l'année prochaine, Selon Cyril Mayer, directeur
général de la CABANE, le potentiel de ce combustible
est énorme : "Si toute la bagasse de l'île était valorisée
aussi efficacement, l'île pourrait produire 800 millions de KWh d'électricité
à partir de ce matériau, soit 50 % de la consommation actuelle
de l'île". "C'est une énergie extrêmement bon marché
par rapport à d'autres", rappelle Jean-Claude Hoareau, directeur
général de la sucrerie Mon Désert Alma.
Sucre et soleil évitent ainsi l'importation de 20.000
tonnes de fuel par an. Plutôt une bonne nouvelle alors que dans les quatorze
pays de la Communauté de développement des pays de l'Afrique australe
(Sade), les dirigeants politiques sont inquiets. En effet, une grave crise énergétique
menace la région. "La fourniture électrique s'amenuisera
dans la région dans les deux prochaines années en raison d'une
hausse des activités économiques et de la croissance de la population.
La crise sera là en 2007 si aucune mesure concrète n'est prise".
a averti Prega Ramsamy, secrétaire général de la Sadc,
lors du sommet des chefs d'État et de gouvernement qui a eu lieu à
Maurice en août dernier.
Aujourd'hui, Maurice, membre de cette organisation, se réjouît
de n'avoir pas attendu la crise pour diversifier ses sources d'énergie.
Elle poursuit ses efforts pour populariser le solaire et a mis au point un certain
nombre de projets sur l'énergie éolienne. Depuis peu, elle produit
également de l'éthanol à partir de la canne à sucre
qu'elle compte mélanger bientôt à l'essence afin d'en faire
du carburant pour les voitures. Elle allégerait ainsi ses importations
de gasoil de 20 %. En ces temps de pétrole cher, Maurice ne manque pas
d'idées.
Nasseem Ackbarally, Sylla International
Les priorités de l'océan Indien
L’absence de ressources énergétiques conventionnelles
est une caractéristique de la région, Seul Madagascar dispose
pour l'instant de ressources énergétiques fossiles, mais elles
ne sont pas exploitées, du fait d'une rentabilité insuffisante.
Résultat - le recours aux produits pétroliers importés
est la règle pour tous les pays. Mais, indique un document de la Commission
de l’océan indien, "la dégradation du couvert forestier
ainsi que les difficultés d'approvisionnement pétrolier accroît
la dépendance énergétique de ces pays vis à vis
de l'extérieur et des prix internationaux du pétrole". Pour
remédier à ces problèmes, ajoute le rapport « chacun
des pays de la région se doit de favoriser le développement des
énergies renouvelables et la promotion des économies d'énergies
".
Ainsi, lors d'un colloque organisé en mats dernier à
l’Ile Maurice, plusieurs priorités pour développer les énergies
renouvelables ont été définies pour chacun des pays. Les
Comores ont pour objectif de valoriser l'éolien à Mohéli,
d'encourager l'électrification rurale, et de continuer le programme photovoltaïque.
Madagascar doit privilégier l'électrification rurale, valoriser
l'éolien et la biomasse, poursuivre la micro-hydraulique. La Réunion
s'est engagée à développer des chauffe-eau solaires collectifs,
ainsi que l’éolien. L'île Maurice devra appuyer encore plus
la production d'énergie via la bagasse, ainsi que l'éolien ; elle
devra, également optimiser l’efficacité énergétique
dans les bâtiments. Enfin, les Seychelles ont pour priorité le
développement des chauffe-eau solaires et l'étude des opportunité
«installer de nouvelles techniques d'énergies renouvelables.
Ces pays se retrouveront en mai 2005 pour restituer les résultats
des premières actions et planifier celles à venir.
Les énergies renouvelables
Le
photovoltaïque - conversion de la lumière (chaleur) en
électricité. Un panneau capte la lumière du soleil et la
transforme en électricité. L'éolien - conversion du vent
en électricité. L'éolienne fonctionne comme une dynamo
de vélo, entraînée par une hélice qui tourne grâce
au vent, produisant ainsi de l'électricité. La micro-hydraulique
- conversion de l'eau en électricité.
En captant à travers une conduite l'eau d'une chute
vers une turbine couplée à un générateur électrique,
on peut produire Cie l'électricité. Le bois-énergie - combustion
du bois. Cela consiste en la valorisation énergétique des sous-produits
forestiers (branchages, petits bois, etc.) et industriels (écorces, sciures,
copeaux, etc.). Le biogaz - un gaz produit par la méthanisation de la
matière organique. Composé majoritairement de méthane et
de gaz carbonique, c'est un gaz combustible qui constitue une source d'énergie
renouvelable. La méthanisation est un procédé naturel de
dégradation de la matière organique par des bactéries en
l'absence d'oxygène. Elle se produit "spontanément à
l'intérieur des Installations de stockage des déchets (décharges).
Les éoliennes
Il y a des sites susceptibles de répondre aux caractéristiques",
explique M. Saïd, "mais il y aura un problème de fréquence,
car ici il y a du vent 6 mois dans l'année, mais les 6 autres mois il
n'v en a pas; c'est un handicap". S'il se dit déçu par les
résultats de l'étude - 'C'était un gros espoir pour nous"
M. Said croit que l'utilisation d'éoliennes est "une option envisageable".
Quatre sites pourraient accueillir des éoliennes sur terre: Handréma,
avec un potentiel de 2 à 4 MW; La Vigie (potentiel : de 1,5 à
3 MW) ; Mlîha (potentiel : de 1,5 à 3 MW) ; et Nftsamboro (potentiel
: de 5 à 12 MW). L'ensemble pourrait ainsi permettre de produire 22 MW.
"C'est énorme", indique M. Saïd. "Si cétait
toute l'année, ça serait très bon mais avec seulement six
mois de fonctionnement, on ne pourra pas se passer de la production à
base d'hydrocarbures".
Les chauffe-eau solaires
"De plus en plus de gens veulent chez eux de l'eau chaude
il faut donc développer les chauffe-eau solaires", indique-t-on
à la DE. "Les chauffe-eau électriques sont des gros consommateurs
d'énergie Or ici, les solaires peuvent donner une eau qui peut aller
jusqu'à 80 à 90 degrés, c'est largement suffisant C'est
un créneau très important, car cela concerne les hôpitaux,
les future cantines, les restaurants, mais aussi les particuliers.
Le photovoltaïque
Le potentiel de cette technique est énorme à
Mayotte. Tout est réuni pour que ça marche bien ici", se
réjouit M. Saïd. En effet selon l'étude, la capacité
solaire du territoire est "exceptionnelle". Des unités pourraient
produire deux fois plus qu'en France, et en plus toute l'année!",
affirme le délégué, Cette technique pourrait servir notamment
à l'éclairage public. "Pour éclairer les bâtiments,
les routes, les rues, c'est possible avec le photovoltaïque. En plus c'est
moins cher : dès qu'il y a 3 ou 4 installations, le coût d'investissement
est plus faible C'est donc un créneau à exploiter pour les communes.
Il n'y a plus de raisons pour que les communes investissent de manière
aveugle: le lampadaire solaire, la commune n'a plus rien à payer après
et c'est une technique réalisable ici C'est une économie d'énergie
conséquente, et de finances aussi, car l'éclairage public coûte
très cher, actuellement les lampadaires consomment beaucoup, il y a tout
à revoir A nous d'accompagner les communes dans leurs choix".
Le biogaz
Altemative envisagée par la délégation
mais aussi par EDM : "La combustion de biogaz, à la décharge
de Hamaha permettrait de produire 400 Kw/h", annonce M. Girard. "Il
semble qu'il y ait une bonne capacité car 60% des déchets à
Mayotte sont biodégradables", ajoute M. Sifid. Le fonctionnement
de cette technique est simple : on fait brûler les déchets compostables,
qui se transforment en biogaz, produisant de l'énergie. "C'est possible,
mais pour ça il faut mettre en place le tri des déchets",
indique toutefois M. Saïd.
La micro-hydraulique
Relief pentu oblige, le réseau de l'eau à Mayotte
comporte une multitude de freins pour limiter la pression de l'eau. Des petits
moulins installés dans ce réseau d'eau potable, à la place
des freins, permettraient de produire de l'énergie grâce à
la puissance de l'eau. Technique récente, elle devrait être expérimentée
dans l'île en 2005 et 2006.